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Une chaire qui cristallise la confiance

L’inauguration de la première chaire industrielle de géothermie profonde à l’université de Strasbourg a donné lieu à une table-ronde riche d’informations scientifiques, industrielles et sociétales. Mais c’est surtout une véritable confiance qui filtrait à travers ces échanges entre partenaires universitaires et industriels que sont EDF, le Groupe ÉS, l’Université de Strasbourg et le CNRS. Une centaine de personnes a assisté à la table-ronde "De la recherche fondamentale à l’innovation industrielle : la géothermie profonde, une énergie renouvelable à fort potentiel".

Les enseignements géothermiques de Soultz-sous-Forêts

Inauguration de la chaire industrielle de géothermie profonde - Ouverture par A. Beretz, Pdt Unistra
Inauguration de la chaire industrielle de géothermie profonde

Le sous-sol du fossé rhénan, qui sépare les massifs des Vosges à l’ouest de la Forêt-Noire à l’est, renferme un potentiel énergétique géothermique parmi les plus élevés de France métropolitaine. Le site de Soultz-sous-Forêts a confirmé l’originalité énergétique du sous-sol alsacien et a permis d’envisager une exploitation dépassant le cadre de la seule recherche scientifique, comme l’a expliqué Albert Genter, tout récemment encore coordinateur scientifique du GEIE Soultz-sous-Forêts et aujourd’hui directeur général adjoint d’ÉS Géothermie.

Jean-Jacques Graff, directeur général d’ÉS Géothermie, a ensuite abordé les préoccupations industrielles d’exploitation. Aujourd’hui, les forages se font dans de la roche granitique très dure, à de grandes profondeurs, à des coûts financiers importants. Pour que la géothermie devienne rentable, il est nécessaire de trouver des solutions de forage moins onéreuses.

Jean Schmittbuhl, directeur du Labex G-eau-thermie profonde, explique que l’une des pistes explorée par les chercheurs consiste en une une meilleure exploitation du fluide naturel chauffé et mise en mouvement par de grandes cellules de convection hydro-thermales au sein du réseau de fractures souterraines. En effet, la technique EGS, mise au point sur le site expérimentale de Soultz-sous-Forêts, tout en respectant l’environnement, permet de rouvrir les fractures naturellement existantes pour accéder à ces zones de fractures riches en fluide chaud depuis les puits de forage profond.

Pourquoi une collaboration industrie / université ?

Les enjeux de la géothermie - Enjeux -
Les enjeux de la géothermie - Enjeux

Pour la recherche académique, l’intérêt d’un tel partenariat est certes financier. Le groupe ÉS finance cette première chaire industrielle de géothermie profonde à hauteur de 50 000 € par an pendant 8 ans sous forme de mécénat. S’ajoutent à ces 400 000 €, 1,7 millions pour le Consortium COGEOS (EOST/groupe ÉS) dont 500 000 € versés par EDF dans le cadre de la convention de coopération avec la Région Alsace. Sans oublier la dotation ministérielle (ANR) de 3 millions d’euros sur 8 ans, dans le cadre du LabEx G-Eau-thermie profonde (Investissements d’avenir).

Mais il ne s’agit pas seulement d’enjeux financiers : cette collaboration offre aux chercheurs un accès à des chantiers exceptionnels, comme ceux de Rittershoffen, de Wissembourg ou d’Illkirch.« Ce sont des occasions uniques pour avoir accès à des données uniques de sous-sol et ainsi confronter nos recherches théoriques à la réalité du milieu naturel » spécifie Jean Schmittbuhl.

Albert Genter, quant à lui, précise que les études du sous-sol sont menées conjointement entre ingénieurs industriels et universitaires. Ensemble, ils trouvent les solutions les mieux adaptées au respect du sous-sol, en se détachant des techniques de forage pétrolier utilisées dans d’autres régions du monde pour exploiter la géothermie profonde. Améliorer la connaissance fondamentale est le moyen pour rendre cette énergie accessible tout en diminuant au maximum les risques de nuisances pour les voisins d’une centrale géothermique.

Bien sur, en matière de R&D, l’industriel qu’est Jean-Jacques Graff est particulièrement intéressé par le côté Développement. La mise au point de nouvelles méthodes et d’outils innovants aboutira à des brevets industriels dont la propriété intellectuelle sera partagée entre les différents partenaires. Son but est d’exporter les connaissances et les savoir-faire acquis à Soultz-sous-Forêts dans d’autres régions françaises, voire même à l’international.

La mise en place de la chaire industrielle de géothermie profonde cristallise la confiance de ce groupe soudé d’industriels et de chercheurs, formé en 2012 à la création du LabEx .

La géothermie profonde dans un avenir très proche

Albert Genter, ex-coordinateur scientifique GEIE Soultz-sous-Forêts, fait remarquer que l’étude d’acceptation de la centrale géothermique de Soultz-sous-Forêts auprès de population est très positive. 105 collectivités ont par ailleurs émis un avis favorable à l’exploitation de la chaleur du sous-sol profond. Conjoncture bénéfique pour le projet géothermique Ecogi qui vise à alimenter, directement les process industriels de l’usine Roquette Frères (Rittershoffen), comme le précise Bernard Kempf, directeur du développement et des relations externes du Groupe ÉS. D’autres projets sont d’ailleurs signés, entre l’ÉS et la ville l’Illkirch par exemple.

Table-ronde sur la géothermie profonde - J. Schmittbuhl, directeur de recherche CNRS - Responsable du LabEx G-Eau-thermie profonde
Table-ronde sur la géothermie profonde

Du côté de l’École et observatoire des sciences de la Terre, géothermie rime avec nécessité de formations spécifiques pour les professionnels du secteur. En effet, il n’existe aucun diplôme spécifique dans ce domaine, surtout en formation continue. Dès la rentrée 2014, 3 diplômes universitaires « Métiers de la géothermie » seront délivrés. Ils permettront d’approfondir les connaissances en infrastructure de surface, en forage profond, en transfert thermique ou autre et en gestion de projet géothermique.

A l’EOST, géothermie se conjugue également avec recherche : sismologie, électromagnétisme, mécanique des fluides, mécanique des roches, pétrophysique, géologie, tectonique, géochimie des eaux, hydro-géologie et géotechnique.

Quant à la durée des installations, elle est l’objet du business plan, du ressort de l’ÉS. La durée de vie d’une centrale géothermique est estimée à 40 ans. Au bout de 20 ans, sans doute que « le tubage sera à re-chemiser » - explique Jean-Jacques Graff. Encore faut-il qu’au cours de ces années d’exploitation la chaleur de l’eau ne diminue pas, tout comme son débit. L’ensemble de partenaires, universitaires comme industriels, sont confiants. Le modèle actuel est optimiste.

En savoir plus sur la chaire industrielle : "Une chaire pas comme les autres"

14 avril 2014